Le retour de l’ours. (enfin, il n'est jamais parti...)

Jour 44 - Vendredi 01 mai 2020 - mois de mai, joli mois de mai...

Le retour de l’ours. (enfin, il n'est jamais parti...)

L’image contient peut-être : texte

Contre Amazon mais pas seulement...

Ah je vous entends déjà, enfin quelques-uns, soupirer, se gausser, se lasser, encore le petit libraire ressasse Amazon et nous reparle encore de ce géant qui est son intime ennemi, son concurrent le plus fort, si on met de côté le manque de lecteurs. En tant que libraire il est vrai qu’Amazon m’ennuie car j’estime ce beau métier autrement que mon pote Jezz Bezos devenu libraire car (je le cite) : « Il ne choisit pas les livres par amour de la littérature : « J’avais sélectionné une vingtaine de produits possibles, mais les livres l’ont emporté, parce qu’il y a plus de livres existants qu’il n’y a de références dans n’importe quelle catégorie. Il y en a 3 millions, et les ordinateurs sont doués pour organiser un catalogue aussi large » Autre avantage, les livres sont des objets standardisés, faciles à présenter en ligne. Enfin, et surtout, ils s’envoient aisément par la poste »… Discours en mars 1998. Capt’ain Igloo a eu chaud car les poissons panés… Donc nous ne boxons pas dans la même catégorie, ni pour les mêmes raisons. Donc débat clos.

Mais je suis un homme, amateur de nature, convaincu de l’intelligence de mes contemporains, soucieux de voir nos campagnes et nos villes heureuses, amateurs de végétations, de marchés, de producteurs, d'échanges humains, heureux de voir mon voisin épanoui dans sa vie et donc dans son travail, utopiste certainement, et alors j’ai le droit…
Aussi j’ai honte de bétonner à outrance mes plaines en y installant des boites à chaussures diaboliquement grandes comme un nombre fou de stades de football où quelques petits humains sous-payés régulent et contrôlent des chaines de robots. J’ai honte pour mes enfants et mes petits enfants de voir ces dalles recouvrir le sol et empêcher, ainsi l’eau devenu rare, de s’y absorber et la voir donc inonder régulièrement des zones pavillonnaires endormies dans des périphéries maussades. Honte de les voir à l’avenir devenir friches industrielles servant de terrains de jeux à de l’Urbex. J’exagère, ah bon ?

Donc voilà pourquoi je n’aime pas Amazon qui demain s’appellera Ali Baba, son jumeau chinois (je vous laisse regarder sur Internet ce cousin chinois..., un virus de plus), ou toute autre négation de l’humain. Je me pose donc quelques questions et sympathiquement en ce jour de 1er mai sous la pluie, en ce jour de Fête du Travail sans travail, enfin on chôme un jour férié, je vous les pose car mon courroux se doit d’être partagé.

Février 2020 : Amazon emploie moins de 10 000 salariés en France. Environ 6 800 en CDI et le reste en Intérim… En 2018, 6.6 milliards de chiffre d’affaires en France. Bon. Voyons là une réussite ou plutôt l’idée que ce chiffre d’affaires colossal est réalisé par un nombre restreint de salariés qui ne sont pas tous millionnaires (boutade, bien entendu). Dans le même temps, le Carnet à spirales, par exemple c’est 800 000 et quelques bananes de chiffre d’affaires pour cinq personnes. Comment se demander ensuite pourquoi tant de personnes sans emploi.

Emploi toujours. On estime à environ 2 emplois supprimés quand Amazon en crée un. D’ailleurs, en général avec des aides de l’Etat qui finance et subventionne les créations de CDI chez Jeff… Toutefois, alors que j’ai arrêté les mathématiques en CE1 il me semble que cela fait beaucoup de zéros pour quelques milliers de salariés et que le ratio CA / employé est absolument affreux.

Travail toujours, en ce jour de Fête du Travail. Comment peut-on défiler dans les rues, manifester Place de la République contre la Loi Travail (avec ses raisons d’ailleurs), se vêtir de gilets jaunes pour un meilleur avenir (avec ses raisons d’ailleurs) et dans le même cautionner, par l’acte d’acheter, une société comme Amazon. Comment peut-on décemment défiler pour le respect du travail quand le droit du travail dans ces jolis entrepôts se réduit à la loi Amazon, comment peut-on décemment se défier des grands patrons, des riches (et je déteste profondément ce raccourci si souvent entendu) quand dans le même temps par des blocages, le patron d’Amazon, le grand Jeff, se multimilliardise chaque minute et de manière exponentielle d’ailleurs. Lutter contre mais s’offrir à… l’idée me dépasse. Chaque lutte renforce ce colosse.

Aujourd’hui encore, en plein confinement, Amazon se glorifie de créations d’emplois pour faire face à un accroissement de son activité et se vante d’être le dernier « commerçant » à pouvoir servir ces pauvres français (nous, donc..) en produits essentiels pendant le confinement. Amazon service public… (je reprends leur communiqué de presse après le rendu du Tribunal de Nanterre). Jeff l’avait dit : il souhaite que chaque produit dans le monde passe par sa plateforme, percevant ainsi sa petite commission. Ressuscitez Louis de Funès car j’ai un rôle sur mesure pour vous…

Déjà les voies express, les rocades, les sorties d’autoroute, les ronds-points, les facilités déconcertantes mises en place pour desservir les zones anonymes, les zones commerciales sans âmes ni saveur me débecquettent mais alors me dire que ces mêmes voies servent au transit des flux des entrepôts Amazon me laissent sans voix.

Quand j’entends, avec raison, avec justesse, des humains considérablement humains et sincères applaudir le corps médical, qui finalement effectue avec le même enthousiasme, la même disponibilité, la même attention qu’en temps normal mais sans les pleins feux de l’actualité, un travail colossal, assez méprisé habituellement, pour maintenir leur société en bonne santé et que j’entends dans le même temps que le manque de moyens est criant, que le manque de reconnaissance est énorme, que ce service public au service du public est en faillite économique, je me demande pourquoi, nous, nous continuons à faire la fortune d’une société qui ne contribue que très modérément à l’effort collectif.
Pourquoi finalement ne pas nous applaudir nous aussi, citoyens et entrepreneurs de ce pays qui payons notre impôt totalement, légalement, entièrement et faisons ainsi la richesse de ce pays développé en voie de sous-dévél… Bien sûr dirons certains, argument populiste, argument de bar-tabac.
Mais pourquoi à un moment donné ne pas s’élever contre ces sociétés et ces personnes qui ne payent qu’une petite partie (50 % environ pour Amazon) ou une très infime partie, faisant de l’évasion fiscale sans autorisation de sortie, un sport national mais qui profite follement des infrastructures et de la mollesse de ceux, dirigeants, s’abaissant à remercier de verser quelques revenus à notre état.
Comment peut-on financer notre train de vie de haut niveau (comparons avec d’autres pays), autrement qu’avec de la dette, alors que des sociétés s’enrichissent sans vergogne et détruisent tranquillement une société.
Il est alors bon de signer un chèque pour le soutien à la lutte contre le réchauffement climatique quand on y contribue constamment à seuls fins d’enrichissement personnel, ou de s’offrir une galerie d’art en promouvant de jeunes talents quand « on marée noire »… Bientôt Amazon signera, peut-être, un chèque pour doter les hôpitaux de respirateurs, de moyens. Et l’Etat remerciera…. Et si Amazon payait ses impôts normalement, combien de respirateurs, de moyens, les hôpitaux, posséderaient en plus, normalement.

Voilà pourquoi je n’aime pas Amazon. Ce n’est pas une question de libraire mais d’être humain. Comment rester calme quand on enrichit ce que l’on combat. Comment ne pas pointer du doigt le paradoxe entre les revendications et le quotidien de consommateur. Il est clair qu’Amazon est fichtrement efficace. Un service après-vente rodé et performant. Des prix attractifs. Une livraison gratuite. Un choix pléthorique. C’est vrai. Il faut le reconnaître.
Mais il faut se demander à quel prix cela est possible, grâce à quelle pression, à quelle pression sur les fournisseurs, les livreurs, les employés, à quel « dumping social ». Est-ce une véritable avancée pour l’homme ou seulement pour un homme.
Quand en plus on sait que cet homme ne rêve finalement que d’une chose : conquérir l’espace grâce à sa société Blue Origin, et faire de cet espace un vaste complexe de vie et de loisirs, on se dit que la vraie vie rattrape la fiction et que certains romanciers d’anticipation sont loin du compte.

Personnellement et intellectuellement ce qui me fait peur, depuis toujours, est la pensée unique, la manipulation de l’esprit au service de, l’offre réduite et réfléchie pour servir telle cause. Quand Amazon sera devenu le seul commerçant de France il pourra, grâce à ses algorithmes mais surtout pour servir ses intérêts, choisir ses produits, détruire ses concurrents, devenir politique. Voilà une thématique déjà moult fois utilisée par des romanciers ou cinéastes mais diablement anxiogène. C’est cela le risque réel, celui d’être poings liés à une société archi-puissante, plus forte que plusieurs Etats réunis. Comment ensuite dire « non » à celui qui nourrira, comme un droit de vie ou de mort ? En France, le taux de pénétration d’Amazon est d’environ 85 %. C’est-à-dire que 85% des internautes français ont réalisé au moins un achat en une année sur ce site. Cela me fait penser à Arte à ses débuts. Chaîne franco-allemande dont les parts de marché étaient d’environ 0.8 % (j’exagère, j’extrapole…) mais lorsqu’on interrogeait les amis une grande majorité regardait celle-ci…
Bientôt nous n’aurons plus le choix. Nous commanderons sur Amazon et livrerons ainsi notre destin et nos enfants directement employés ou indirectement employés aux mains de ce géant.
Bientôt, enfin j’espère qu’il n’est pas trop tard.

Alors comment faire. Ne pas croire en la possibilité de l’Etat pour cela. A part collecter à 100% l’impôt dû au titre des bénéfices de cette société, l’Etat ne peut intervenir. La justice par moment peut mettre un grain de sable mais cela n’est qu’anodin. Les seuls à posséder un pouvoir sont les consommateurs et les fournisseurs. Les premiers en se posant les vraies questions. J’entends de beaux discours actuellement, de belles intentions. Se poser les vraies questions dont dois-je être livré dès le lendemain, gratuitement, dois-je me demander au moment de « cliquer » sur commander si ce même produit peut être trouvé à quelques mètres ou kilomètres de chez moi, si la petite économie instantanée est une vraie bonne affaire à moyen terme et puis comment se porte mon voisin, mon fils, mon ami qui ne travaille pas encore pour le crabe (terme utilisé anciennement et encore aujourd’hui pour désigner le cancer) de la société.
Ce qui fait la force d’Amazon également est son offre pléthorique. Alors fournisseurs divers et variés arrêtez d’offrir vos produits à cette plateforme qui se nourrit de vos savoir-faire, qui vous compresse et qui vous jettera ensuite comme une éponge usagée. Il est temps de réfléchir à d’autres modes de distribution pour vous et pour nous. Des modes d’avenir. D’avenir comme par le passé mais avec des moyens modernes.

Ah j’oubliais, une fois que les produits stockés dans les entrepôts Amazon, dont le mètre linéaire est loué aux fournisseurs suivant un prix fluctuant selon les ventes, une fois que ces produits sont passés de mode, de notre envie, alors ils sont détruits sur ordre et paiement du fournisseur. Payer pour détruire les objets par soi-même crées dans des lieux loués… Vraiment Jeff est un génie. Maléfique…

A lire :
- Le monde selon Amazon – Benoit Berthelot – Le Cherche Midi editeur

Aucune description de photo disponible.


- Amazon, main basse sur le futur – Vincent Mayet – Editions Robert Laffont

L’image contient peut-être : texte


- On n’est pas des robots – Ouvrières et ouvriers de la logistique – Créaphis Éditions

L’image contient peut-être : une personne ou plus, personnes debout, plein air et nature, texte qui dit ’ON N'EST PAS DES ROBOTS ET OUVRIERS DE LA LOGISTIQUE’